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cur. Grégoire Prangé

Jean-Marc Cerino / Sylvain Ciavaldini / Raphaël Denis / Hayoun Kwon / Gabriel Leger / Kokou Ferdinand Makouvia / Éric Manigaud / Pu Yingwei / Truc-Anh

du 28 juin au 31 août - vernissage vendredi 28 juin de 18h à 21h

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Lorsque Vincent Sator m’a demandé de réaliser une exposition à partir des réserves de la galerie, le projet m’a tout de suite passionné. Il s’agit de plonger dans la mémoire de ce lieu, dans l’histoire des expositions qui en ont scandé la vie quotidienne, dans la construction de son image, la constitution des multiples liens, mouvements et récurrences qui fondent aujourd’hui son identité. Cette démarche cristallise d’autant plus de sens que la galerie est à l’aube de nombreuses évolutions, dont l’ouverture d’un espace à Romainville. À l’heure où se prépare l’écriture d’une nouvelle page de son histoire, prendre le temps de l’introspection semble d’une importance toute particulière.

Au commencement de cette exposition, il y a un regard, simplement posé sur des œuvres restées là, en attente. Ce regard, c’est celui de l’amateur d’art, le mien, celui de l’usager pourrait-on dire, l’histoire d’une jubilation, l’ivresse de la découverte. Au milieu des multiples objets stockés dans l’obscurité, mon regard réalise naturellement des choix, extrait et réserve. À partir de la sélection hétéroclite ainsi constituée, je peux ensuite tisser des liens, chercher des motifs, percevoir des récurrences. Cette phase analytique a suivi le moment de la sélection, de peur de subordonner les œuvres à des thématiques préconçues : toujours elles restent le point de départ de la réflexion. Devant cet ensemble, la pensée se déploie et erre sur de multiples chemins. J’en connaissais certains, comme la mémoire, le réemploi et la conservation ; j’en découvre d’autres : l’écriture, le portrait et l’identité, la ruine et le reste, autant de brins tricotés entre les pièces des artistes de la galerie, qui subtilement dessinent les traits de son visage.

Dans l’espace d’exposition se côtoient des œuvres que seule la réserve a pu réunir. Elles sont récentes ou plus anciennes, ont été exposées il y a des années ou sont sur le point de l’être, ont été vendues ou attendent là un potentiel acquéreur, sont en parfait état ou parfois témoignent de leur vécu. Il y a des séries aussi, ou des ensembles d’œuvres, parfois amputées : l’un de leurs membres se trouve aujourd’hui ailleurs. Dans l’espace de la réserve, toutes ces œuvres sont réunies, sans distinctions. Elles sont regroupées là, à un moment de leur histoire. Certaines y resteront encore longtemps et d’autres sont déjà sur le point d’en sortir, mais cela nous ne le savons pas. Cette absence de hiérarchie nous la retrouvons dans l’exposition, les œuvres sont réunies et le dialogue se met en place sans que jamais n’intervienne la question de leur statut.

Cet espace singulier impose une situation particulière aux œuvres qu’il accueille et revêt quelques caractéristiques bien connues. Il y a tout d’abord la question de la densité. Comme le laisse transparaitre l’accrochage de l’exposition, les pièces constituent dans la réserve un maillage compact, si bien qu’y pénétrer revient à enfiler le costume du chercheur, à s’engager dans une grande séance de fouille. En entrant, je n’ai que peu idée de ce que je vais y trouver. Comment savoir ce qui se trouve sous une couche de bulle ou dans le secret d’une caisse ? La notion de découverte était primordiale et le plaisir de la manipulation tout autant : la jubilation est rapidement devenue physique.

Se plonger dans la réserve d’une galerie c’est ouvrir la boîte à souvenirs, découvrir son histoire et l’évolution des artistes qu’elle défend, fouiller, trouver, manipuler, réactiver des œuvres depuis trop longtemps plongées dans l’obscurité ou avoir le privilège d’en voir certaines avant même qu’elles ne soient présentées au public. C’est ouvrir une boîte en bois et avoir le plaisir d’y retrouver une œuvre admirée autrefois, au détour d’une exposition. C’est défaire un emballage et avoir la surprise de découvrir une série jamais vue ni même imaginée. C’est la joie du regard finalement, cette joie si simple que tout amateur d’art connait si bien, cette joie que nous souhaitons aujourd’hui vous partager le temps d’une exposition, voyage au cœur des réserves de la galerie Sator.

Grégoire Prangé