OCTOBRE 61 / Éric Manigaud

du 5 mai au 16 juin 2018

Éric Manigaud est reconnu pour ses dessins réalisés à partir de photographies d’archives. Travaillant en série, il se consacre à des thèmes historiques tels que les gueules cassées de la Première Guerre Mondiale, les villes bombardées de la Seconde Guerre Mondiale, des scènes de crimes de la police judiciaire du début du XXème siècle ou des photographies spirites des années 1920 et 1930.

Dans cette série, Éric Manigaud s’est intéressé aux manifestations algériennes d’octobre 1961 à Paris, violemment réprimées par la police française. C’est à partir des photographies de Georges Azenstarck, d’Elie Kagan, de Georges Ménager et du film de Jacques Panijel qu’Éric Manigaud a travaillé et redonne à voir l’une des pages les plus sombres de l’histoire française contemporaine. 

-

Souvenez-vous de la formule décrivant les daguerréotypes : «des miroirs qui se souviennent», et arrêtez-vous devant le grand dessin réalisé à partir d’une photographie de Georges Azenstarck. Il pleut, nous sommes le soir du 17 octobre 1961, le macadam réagit comme un miroir, le centre de l’image est vide. Le photographe a poussé la sensibilité de sa pellicule. Le dessin retient cette brillance. Une revue photographique du passé s’appelait «Le miroir», la photographie est miroir de ce qui a été. Éric Manigaud nous place dans les images, mémoires d’événements parfois oubliés.

La série de dessins proposée travaille les images du 17 octobre 1961 à Paris, photographies de presse (image parfois demeurée unique comme celle de Georges Azenstarck) mais aussi photographies reconstituées par Jacques Panijel pour son film «Octobre à Paris» à partir de clichés existants, en particulier ceux d’Elie Kagan. Comme si les images étaient là pour redonner existence à ce que la mémoire collective avait censuré ou confondu avec l’autre massacre, celui du 8 février 1962. En reconstituant le film perdu du 17 octobre, Panijel faisait œuvre d’historien, en les redoublant, Éric Manigaud, œuvre d’analyste.

A côté des photographies de presse, quatre photogrammes du film de Panijel sont retravaillés par quatre des dessins de l’exposition. Ces quatre photogrammes formaient une micro séquence, les quatre dessins figurent la scène de la violence policière, de l’homme debout à l’homme au sol. La séquence du film, c’est 24 images/seconde, le dessin fige le mouvement. Comme s’il s’agissait d’arrêter le regard, le papier retient la trace de graphite. Le procédé est similaire dans les dessins qui font paraître des sous-titres. La scène se passe derrière une barrière de sécurité : un homme lève les bras, à l’arrière-plan un car. On lit «on a entendu des coup de feu», «on ne savait pas où on allait», le texte se fait image. D’autres dessins donnent à voir une enseigne ou une affiche — que telle affiche donne le titre à l’œuvre en dit assez sur le statut de ces textes-images — ainsi «nuit des vendanges». D’autres, enfin, répondront à la question «où on va?». On va au parc des expositions ou sur un quai de Seine. On reconnait ces anciens bus, impression de déjà-vu donnée par ces hommes qui ont gardé les mains sur la tête, devinés derrière les fenêtres du bus.

Arrêt sur cette image, avec ce dessin d’après une photographie d’Elie Kagan. Quasi frontalité, objectivisme d’une image sans pathos, manière de retour d’un passé qui ne passe pas et qui se donne dans l’insistant présent du dessin. D’un dessin à scruter, je dirais au risque d’un mot usé, à contempler (en rappelant le «templum»), dans un «effort de mémoire»*. Comme dans d’autres séries de dessins d’Éric Manigaud, nous faisons face à une scène de crime.

Daniel Boitier, mars 2018

*Je reprends la formule au titre du livre de Dionys Mascolo sur Robert Antelme “Autour d’un effort de mémoire”, Paris, Editions Maurice Nadeau, 1987.

Éric Manigaud tient à remercier la famille d’Élie Kagan ainsi que Cyril Burté et l’ensemble de la BDIC pour leur aide précieuse dans la réalisation de ce projet. 

 

communiqué de presse (PDF) 

dossier de presse (PDF)

revue de presse (PDF)