Solve + coagula / Gabriel Leger

du 15 avril au 22 mai 2016


“Elle est retrouvée. Quoi ? — L’Éternité. C’est la mer allée Avec le soleil”
in Alchimie du verbe, Arthur Rimbaud

Vincent Sator est heureux de présenter Solve + Coagula troisième exposition personnelle de Gabriel Leger à la galerie Sator, du 15 avril au 22 mai 2016.

Les œuvres de Gabriel Leger possèdent un esprit. Au sens latin du terme spiritus, du verbe spirare, souffler. Aussi, pourrait-on dire que les créations, réunies ici pour cette exposition, sont toutes chargées d’un souffle. En elles, circule une certaine idée de la vie. S’il fallait la définir, on regarderait du côté de la pensée chinoise dont le qi, souffle vital, accompagne la naissance et la mort, se renouvelle en permanence dans le corps et se manifeste en son sein par les fonctions de mouvement et de transformation. Pour l’œuvre Le bunker de verre, Gabriel Leger a, dans un geste qui déclare la guerre à la mort, capturé son souffle pour l’immortaliser sous cloche. Et comme s’il ne voulait jamais le voir s’évaporer, chacune des six cloches est à son tour, mise sous verre. Petits bunkers frêles comme autant de remparts contre l’oubli et la disparition. Dans cette répétition appuyée, chaque paroi joue le rôle, illusoire, de préservation de la vie qui d’habitude court, s’échappe, file et disparaît. Et comme toute chose vit à l’ombre de son passage sur terre, il faut en capturer, sinon son souvenir, au moins son idée. D’où l’utilisation devenue systématique dans son travail, du bitume comme moyen symbolique de conserver parfaitement une chose au moment où elle est encore présente et vivante, un peu à la façon dont la lave enferma la vie pompéïenne encore chaude et grouillante lors de l’éruption du Vésuve.

Il y a toujours chez Gabriel Leger la peur, l’effroi, matérialisés, de voir s’évanouir ce qui fut. Alors il choisit d’avance son camp. Il faut s’adosser à une réalité qui sera avant même d’avoir été. Ainsi se tient devant nous ce fragment de disque 33 tours, All Worlds II, version partielle en cire du Voyager Golden Record envoyé dans l’espace par la Nasa en 1977, destiné à des êtres qui pourraient, si toutefois ils existent, le trouver dans 40.000 ans. Ce disque est une préfiguration d’un reste archéologique. Pour conjurer la fatalité, le sort de toute fin, Gabriel Leger choisit en effet de créer des reliques imaginaires. Il anticipe l’absence et lui donne une forme avant qu’elle ne puisse mourir dans nos bras. Car le temps dans sa modalité morbide ne heurte pas l’esprit si l’on décide de l’arrêter net dans sa fuite. Dans les sabliers de l’artiste se mêlent ainsi miel et bitume, deux éléments comparables dans leurs propriétés, qui jouent un bras de fer contre la montre. D’un côté la lumière, brûlante et désirable, de l’autre, la noirceur poisseuse et implacable. Sa Gélule semble proposer une solution poétique: à celui qui l’ingérerait, l’éternité lui serait accordée. En laborantin fantasque, en artiste désireux de trouver un souffle éternel, Gabriel Leger renoue ainsi avec la tradition de l’alchimiste en quête d’un élixir de longue vie (Elixir Vitae). Mais la potion n’existe pas, et la tragédie rejoue sa partition chaque jour pour les passagers que nous sommes. Chaque nuit, le soleil, disque de miel, doré et lumineux rencontre la masse noire du bitume, celle de la mer, allée avec le soleil. C’est peut-être là, l’éternité retrouvée.

Léa Chauvel-Lévy

Né en 1978 en France, Gabriel Leger vit et travaille à Paris. Diplomé de l’École nationale supérieure des Arts décoratifs ENSAD de Paris, il expose régulièrement son travail depuis lors en France et à l’étranger : Musée du Louvre, Musée des Arts & Métiers, Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne, YIA Art Fair, Drawing Now, Art Osaka, Jeune Création, Salon de Montrouge, Biennale de la Photographie de Moscou...

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