Lorsqu’on découvre une des peintures de Nazanin Pouyandeh, on fait face à une figuration narrative difficile à décrypter, on ne cesse de se poser des questions. On est de plain-pied dans l’image, voire dans l’imagerie (une facture lisse et une profusion de détails), avec une théâtralité affirmée, et pourtant le mystère demeure, le doute persiste. (...) De ce mystère à l’œuvre naît la singularité d’une telle peinture car, à l’instar de nos rêves réunissant des contraires, cet art énigmatique présente des scènes ouvertes laissant libre cours à notre imaginaire et à nos propres projections fantasmatiques. Avec cette peinture de « temps arrêtés », ou d’arrêts sur image, on investigue, on plonge dans un jeu de piste, on « se fait une toile ». Cette peintre narrative puise dans un répertoire d’images très variées (la peinture ancienne, les arts premiers mais aussi la BD, la photographie, le cinéma, la télévision, le jeu vidéo et Internet), et rend ainsi sa peinture des plus vivantes.

Ce grand écart entre les genres, s’invitant dans la surface-écran de la toile, est également présent dans l’entre-deux qui ne cesse de nourrir sa production artistique métissée, mixant Orient et Occident. Mais, loin de n’être qu’une élémentaire juxtaposition de cultures, cette peinture nomade présente une imagerie nouvelle, foutraque et humaniste, qui va bien au-delà d’une simple synthèse des divers éléments rassemblés. La jeune plasticienne nous amène ailleurs, dans un univers multipiste très singulier, qui se nourrit d’images hétéroclites, de ses songes ainsi que de la puissance de l’inconscient collectif étudié par Jung qui, à raison, a décelé des images archaïques et universelles se manifestant dans les rêves, les croyances religieuses, les mythes et les contes.

Tout compte fait, avec son métissage culturel, définition possible du syncrétisme qu’orchestre cette « peintre cinéaste » donnant naissance à un univers cohérent à partir de plusieurs cultures différentes, Nazanin Pouyandeh, telle une porteuse de contes et de fables, entraîne les regardeurs que nous sommes dans une quête vertigineuse à travers le temps, l’Histoire, la grande comme les petites (la sienne, la nôtre), les cultures et les continents.

Vincent Delaury

 

Upon discovering Nazanin Pouyandeh’s paintings, we are confronted with an enigmatic form of narrative figuration that constantly raises questions. The viewer is instantly immersed inside the image – the imagery even (a smooth rendering and a myriad details) – with a clear sense of dramatisation, and yet the mystery and a continuing doubt remain. […] The singularity of her paintings emerges from this very sense of the elusive; in the manner of our dreams that bring the opposites together, this enigmatic approach produces open-ended scenes giving free rein to our imagination and our own phantasmagorical projections. Pouyandeh’s “petrified temporalities” or “freeze-frame” paintings allow the viewers to initiate an investigation, immersing themselves in an extremely diverse pictorial repository (ancient painting, primary arts, but also comics, photography, film, television, video games, and the Internet) that gives her painting their extremely vivid dimension.

This genre-bending approach that comes forward in the screen-surface of the canvas is also present in the in-between space that constantly nourishes Pouyandeh’s mixed artistic production combining Eastern and Western influences. However, far from being a mere juxtaposition of cultures, her nomadic paintings offer a new, eccentric and humanist imagery that is far beyond a mere synthesis of the diverse elements brought together. The young artist leads us elsewhere, toward a highly singular, manifold universe, informed by heterogeneous images, dreams, as well as by the power of the collective unconscious studied by Jung, who rightfully identified archaic and universal images within religious beliefs, myths and tales.

All in all, Nazanin Pouyandeh’s cultural hybridisation – a phrase that could serve as a possible definition for the syncretism orchestrated by this “painter-film director” creating a coherent universe from several different cultures – brings her closer to a teller of tales, taking the viewers that we are on a dizzying journey through time, history – both major and minor (hers and ours), cultures and continents.

Vincent Delaury